Voyage · Cameroun · avril 2022
On appelle le Cameroun l'Afrique en miniature.
En 18 jours, j'ai compris pourquoi.

18 jours emmenés par la famille de ma compagne de l'époque. Ni agence, ni guide, ni voiture de location : ce sont eux qui conduisaient, qui introduisaient, et qui nourrissaient. En 18 jours, j'ai vu une côte équatoriale, une forêt impénétrable, des hauts plateaux à 1 705 mètres où il faut un pull, et un fleuve qui finit en cascade dans l'Atlantique, sans estuaire. Le surnom du pays n'est pas une formule d'office de tourisme : c'est une description.
Point le plus haut, relevé au GPS1 705 m
Distance parcourue, à vol d'oiseau1 057 km au moins
Peuples et langues, dans un seul paysplus de 240
Avril 2022.

Pourquoi on appelle ce pays l'Afrique en miniature
Ce n'est pas un slogan, c'est une géographie. Le Cameroun est très étendu en latitude : au sud il touche le bassin du Congo et la forêt équatoriale, qui couvre à elle seule plus du tiers du territoire ; au nord, une bande de moins de 100 kilomètres de large finit sur les rives sahéliennes du lac Tchad. Entre les deux, la savane arborée, et à l'ouest les hauts plateaux volcaniques.
Le mont Cameroun culmine à 4 095 mètres. C'est le plus haut sommet de toute l'Afrique de l'Ouest, le neuvième du continent, et c'est un volcan actif à quelques kilomètres de l'océan. Un pays qui met une plage de sable, une forêt primaire, un plateau d'altitude, une savane, un désert et un volcan de 4 000 mètres dans le même passeport n'a pas volé son surnom.
La diversité humaine suit la même logique. On compte environ 240 peuples et autant de langues nationales, réparties en trois grands ensembles, bantous, semi-bantous et soudanais. Les Bamiléké et les Bamoun forment le deuxième groupe du pays en nombre, derrière les Fang ; les Douala, les Bassa, les Peuls, les Tikar, les Baka de la forêt et une centaine d'autres se partagent le reste. Le pays est en plus officiellement bilingue, français et anglais, héritage d'une double tutelle après la Première Guerre mondiale.
En 18 jours, je n'ai vu qu'un couloir : la côte, l'Ouest, la capitale. Je n'ai vu ni le Nord sahélien, ni le mont Cameroun, ni la forêt profonde. Et ce couloir suffisait déjà à me faire changer trois fois de paysage, de climat et de cuisine.
Un pays, tous les paysages
7 images prises entre le niveau de la mer et 1 705 mètres, sur 18 jours et un seul pays. Faites défiler.

Les plateaux de l'Ouest, entre 1 400 et 1 700 mètres. C'est le Cameroun dont personne ne parle, et il y fait frais. 
La latérite près de Bafang. Le rouge de la terre contre le vert des vallées, c'est la couleur de tout l'Ouest. 
La forêt équatoriale au bord du fleuve. Elle couvre plus du tiers du pays, et elle commence là où la route s'arrête. 
Une cascade sur la route du Moungo. Elle n'est signalée nulle part : on la voit en passant. 
Les vallées de l'Ouest depuis un garde-corps, en bord de route. Le pays se regarde souvent comme ça, sans belvédère aménagé. 
Depuis les hauteurs : des collines, des bananiers, des toits de tôle. La densité verte est ce qui surprend le plus. 
Une plantation dans les hauteurs : bananiers et cultures serrées à flanc de versant. L'Ouest est une région agricole avant d'être une région à visiter.

Arriver à minuit et perdre son logement
L'avion se pose vers minuit. La première négociation commence à la sortie de l'aéroport : je suis blanc, donc le prix annoncé est un prix de touriste occidental. La discussion a été âpre. Ce n'est pas un incident de parcours, c'est le fonctionnement normal, et il vaut mieux le savoir avant d'arriver que le découvrir à 1 heure du matin avec des valises.
Le taxi nous a déposés dans le quartier du logement. Le logement, lui, est resté introuvable : l'adressage n'est pas lisible depuis la rue. Ma compagne est partie se renseigner. Je suis resté seul avec toutes les valises, en pleine nuit, dans un quartier que je ne connaissais pas, dans un pays où je n'avais jamais mis les pieds, sur un continent que je découvrais. J'ai eu peur, et je n'ai aucune raison de prétendre le contraire.
Ce qui s'est passé ensuite est la vraie histoire de ce voyage. Un attroupement s'est formé autour de moi en quelques minutes. Pas menaçant : curieux, puis serviable. Des gens qui ne me devaient rien, à 2 heures du matin, se sont mis à chercher avec nous. Nous avons fini par trouver. C'est la première chose que le pays m'a apprise, et il n'a pas cessé de me la répéter pendant 18 jours.
Douala, et le fleuve qui a donné son nom au pays
Le pays s'appelle Cameroun à cause de crevettes. Quand les Portugais remontent l'estuaire en 1472, ils y trouvent une telle quantité de crevettes qu'ils baptisent le fleuve Rio dos Camarões, la rivière des crevettes. Le nom est resté, il a traversé le portugais, l'espagnol, l'allemand puis le français, et il désigne aujourd'hui un pays de 30 millions d'habitants.
Douala est posée sur la rive gauche de cet estuaire, au fond du golfe de Guinée. Les Duala, venus du bassin du Congo, s'y installent au 16e siècle. La ville sera la capitale du pays de 1885 à 1909, et elle en garde des bâtiments, dont un hôtel des postes de 1939 qui porte encore « POSTES · TÉLÉGRAPHE · TÉLÉPHONE » en lettres de pierre.

Aujourd'hui c'est la capitale économique, le plus grand port du pays et l'un des plus importants d'Afrique centrale. Elle comptait 160 000 habitants à l'indépendance ; son agglomération en approche 4 millions. Ça se sent : Douala se déplace à moto, il y en a partout, et c'est le seul moyen efficace de traverser une ville dont la circulation sature. Nous nous sommes retrouvés pris dans des embouteillages considérables à Bonabéri.
Et il y fait chaud. C'est la ville la plus arrosée du pays, environ 3 600 mm de pluie par an, au niveau de la mer, et sa proximité avec l'océan ne produit aucune brise. L'air ne bouge pas. C'est la seule chose du voyage que je préparerais mieux.
Douala et l'estuaire du Wouri
La ville, ses façades anciennes, et le fleuve aux crevettes qui a nommé le pays. Faites défiler.

Un bâtiment ancien du centre de Douala, façade blanche à arcades et fronton. La ville a été la capitale du pays de 1885 à 1909, et il en reste des morceaux entre les immeubles. 
L'estuaire du Wouri, l'eau large et brune. C'est ce fleuve qui a donné son nom au pays. 
Le soleil se couche sur le Wouri. C'est là qu'arrivent les navires du plus grand port d'Afrique centrale.

1 705 mètres, un pull, et un royaume par colline
On imagine le pays chaud, plat et humide. Mon point le plus haut est à 1 705 mètres, dans les hauteurs du pays bamiléké, du côté de Bana, et il y fait frais. Le matin, on met une veste. C'est la chose la plus surprenante que le Cameroun m'ait apprise, et c'est aussi la moins racontée.
L'écart sur les 18 jours se lit d'un coup :
| Lieu | Altitude relevée |
|---|---|
| Bana, hauts plateaux de l'Ouest | 1 705 m |
| Autour de Bafang | 1 158 à 1 498 m |
| Yaoundé | 717 à 930 m |
| Mbanga | 90 m |
| Douala, 9 nuits | 0 à 96 m |
Une seule matinée relie les 2 extrêmes. Un soir je suis à 1 201 mètres, le lendemain à 7 h 50 je suis à 90 mètres à Mbanga. La descente se sent physiquement : la chaleur revient d'un coup, l'air change, la végétation change. On a changé de pays sans changer de pays.
Ces hauteurs s'appellent les Grassfields, et elles sont le territoire des Bamiléké. C'est ici que le mot « chefferie » cesse d'être une curiosité ethnographique. Le pays bamiléké est une mosaïque de près d'une centaine de chefferies, réparties sur 7 départements, dont une dizaine dites de premier degré, parmi lesquelles Bana. Chaque chefferie est une sorte de micro-État très hiérarchisé, organisé autour d'un chef, le fon, entouré de conseillers, de notables et de sociétés secrètes qui lui servent de contrepoids. Ce n'est pas un décor : c'est une institution vivante, reconnue par l'État, qui arbitre et qui tranche.
On la reconnaît de loin à son architecture. Les portails bordent les routes, surmontés d'un toit conique visible à des centaines de mètres, et la case traditionnelle associe une base carrée, un plafond circulaire et ce même cône. Bafang, chef-lieu du Haut-Nkam, est à 1 235 mètres ; la subdivision créée en 1935 est devenue département en novembre 1960.
J'ai pu entrer dans la chefferie de Baboutcheu-Ngaleu, à 7 kilomètres au sud de Bafang : un village de 1 416 habitants au recensement de 2005, perché à 1 452 mètres, siège d'une chefferie bamiléké de 2e degré reconnue par arrêté en 1982. Nous le devons à un oncle de la famille de ma compagne de l'époque, qui nous a transportés et introduits pendant ces journées, et qui est mort depuis. Elle-même, qui est pourtant du pays, était impressionnée d'y entrer. C'est à ce moment-là que j'ai compris que ce qu'on me montrait ne s'achetait nulle part.
Le pays bamiléké, chefferies et toits coniques
10 images des Grassfields : les portails, les cases, la demeure du fon, le tambour sous son abri, et les églises qui cohabitent avec tout ça. Faites défiler.

La façade d'une chefferie : une rangée entière de toits coniques alignés. On la voit de la route, et on comprend tout de suite qu'on n'est pas devant une maison. 
Le portail d'entrée d'une chefferie, surmonté de ses toits en pointe. Le cône est la signature de l'architecture bamiléké, sur les portails comme sur les cases. 
Une case à toit de paille en cône, seule sur la terre rouge. Base carrée, plafond circulaire, toit conique : trois géométries empilées, et aucune n'est décorative. 
La demeure et les jardins d'une chefferie. Le chef, le fon, n'est pas un folklore : il arbitre, il tranche, et il est reconnu par arrêté. 
Le tambour de la chefferie, sous son abri. Il ne se bat pas pour les visiteurs. 
Une allée pavée sur les hauteurs. Le paysage des plateaux ne ressemble à aucune image reçue du pays. 
L'église de Kékem, ocre, toit à deux pentes et croix. Le christianisme et les chefferies cohabitent sans que personne ne semble y voir de contradiction. 
Sa nef, vue de l'entrée : charpente apparente, chaises alignées, autel au fond. La messe du dimanche y remplit tout. 
Une chapelle ouverte, murs en pierres bleutées, une statue à l'intérieur. Les couleurs ne sont jamais discrètes ici. 
Une grotte mariale montée en pierres claires et sombres, caillou par caillou, autour d'une statue blanche.

Le jour où un stade entier m'a pris pour un recruteur européen
Un match à Bafang, un soir de semaine, sous les projecteurs. J'étais le seul blanc du stade, et la rumeur s'est répandue toute seule qu'un recruteur européen était venu voir jouer. Les regards remontaient des tribunes vers moi entre deux actions.
À la fin du match, la foule s'est attroupée pour discuter, chanter et danser. Personne ne m'a demandé quoi que ce soit ; on voulait juste que je sois là. Je n'ai recruté personne, et je suis reparti avec la meilleure soirée du voyage.

Le taro, l'Eru et le soya : ce qui se mange vraiment ici
Le taro pilé à la sauce jaune est le plat de l'Ouest, et il n'est pas un plat parmi d'autres. On l'appelle le caviar de l'Ouest, et il est le totem des Bamiléké : il apparaît à tous les grands événements, mariages, deuils, naissances. Le taro, un tubercule, est cuit puis pilé au mortier jusqu'à devenir une purée blanche et élastique. La sauce jaune, elle, se monte à l'huile de palme, avec des champignons, de la viande et des épices. Il se mange avec les doigts, et se servir d'une cuillère est considéré comme une insulte à la tradition.
L'Eru vient de l'autre côté, du Sud-Ouest anglophone, une spécialité du pays banyang dans le Manyu : des feuilles d'Eru finement émincées, cuites avec du waterleaf, de l'huile de palme et de la viande. Il se mange avec le bâton de manioc, et c'est un des rares plats camerounais qui a franchi les frontières du pays.
Le soya n'a rien à voir avec le soja. La prononciation à la française induit en erreur : ce sont des brochettes de viande, souvent du bœuf, longuement épicées et grillées, servies avec des oignons crus. C'est préparé traditionnellement par les Peuls, qui en ont fait un art, et ça se mange debout au bord de la route plutôt qu'au restaurant. Si vous ne deviez goûter qu'une chose, c'est celle-là.
Autour, il y a le bobolo, un bâton de manioc fermenté roulé dans des feuilles de bananier et cuit à la vapeur, qui accompagne à peu près tout ; le macabo, un tubercule qui se prépare râpé, à la vapeur ou en sauce d'arachide, et que j'ai préparé moi-même dans une cuisine de famille ; le poisson braisé entier ; les escargots grillés qu'on trouve au bord des routes de l'Ouest ; et laviande de brousse, dont le varan, qui se braise comme le reste.

Et la route est équipée. C'est l'habitude que j'ai le plus appréciée, et elle change complètement la façon de voyager. Sur les routes de l'Ouest, on trouve en permanence de quoi s'arrêter : escargots grillés, maïs, brochettes, fruits. Il n'y a pas à planifier un déjeuner ni à chercher une adresse. On part, et on s'arrête là où ça sent bon.
Un soir, après la journée aux chutes, nous avons mangé sur la plage de Kribi des gambas pêchées le jour même, grillées à l'ail, au bord de l'eau sous un ciel étoilé. C'est le souvenir que je cite en premier quand on me parle du Cameroun, avant même les chutes.

À table, et au bord de la route
6 images de ce qui se mange : le soya de nuit, le manioc, les gambas de Kribi, et le petit-déjeuner face à l'océan. Faites défiler.

Devant l'étal de soya, la nuit. Les 2 personnes de cette image sont des proches, pas des commerçants : c'est le genre de détail qu'un nom de fichier ne dit pas. 
La braise et la viande. Le soya se prend debout, au bord de la route, entre deux enseignes de bar. 
Le soya, une fois servi. Bœuf longuement épicé, oignons crus, et parfois des tomates. Si vous ne deviez goûter qu'une chose, ce serait celle-là. 
Une gambas grillée à l'ail, le soir, au bord de l'eau à Kribi. C'est le souvenir que je cite en premier quand on me parle du Cameroun. 
Le manioc, annoté sur ma propre photo pour ne pas l'oublier. Il est la base de presque tout : bâton, farine, feuilles. 
Le petit-déjeuner face à l'océan, à Kribi. Le café, les croissants, et les vagues à trois mètres de la table : on ne se réveille pas comme ça tous les jours.

Yaoundé, la capitale sur ses sept collines
Yaoundé est entre 717 et 930 mètres. La capitale politique est nettement plus respirable que la capitale économique, et l'altitude y est pour beaucoup, mais pas seulement : la ville est bâtie sur des collines, les quartiers montent et descendent, et le relief casse la chaleur là où Douala l'accumule. Si l'air lourd de la côte vous inquiète, montez.
On y croise le rond-point aux Lions, une arche monumentale surmontée de ses fauves, et la basilique Marie-Reine-des-Apôtres sur sa hauteur. Le soir, depuis les toits, la ville s'étale en tôles ondulées jusqu'aux collines suivantes, et le soleil tombe dedans.

Nous sommes allés à Étoudi, le quartier du nord de la ville que les Camerounais connaissent d'abord pour le palais présidentiel. C'est aussi le village d'origine de la famille Noah. Zacharie Noah, footballeur international camerounais des années 1960 et 1970, y avait bâti une maison en 1962, sans électricité ni eau courante : on s'éclairait à la lampe à pétrole et on allait chercher l'eau à la rivière. Son fils Yannick Noah y a passé une partie de son enfance.
Il l'a rénovée depuis, a construit des écolodges autour, et a transformé la maison d'enfance en salle de classe pour les enfants du village. Voir la maison de 1962 et ce qu'elle est devenue, sur la même parcelle, dit quelque chose du pays que ni une statistique ni un monument ne diraient : ici, une trajectoire personnelle reconstruit un morceau de village.

Ici, le fleuve ne se jette pas dans l'océan : il y tombe en cascade
À 7 kilomètres au sud de Kribi, le fleuve Lobé ne finit pas dans un estuaire. Il tombe directement dans l'Atlantique, en une succession de cascades étalées sur environ un kilomètre de front, dont la plus haute dépasse 20 mètres. Il descend du massif du Ntem, dans le parc national de Campo Ma'an, traverse la forêt, et se jette dans la mer sans transition. On arrive par la pirogue, on coupe le moteur, et on entend l'eau douce et l'eau salée se rencontrer.
Ce lieu est un carrefour de trois civilisations côtières, les Pygmées, les Batanga et les Mabi, qui y voient bien plus qu'un paysage. L'eau des chutes est utilisée pour la purification et la guérison, et le site est associé à des rites qui ne sont pas mis en scène pour les visiteurs. On n'est pas devant une curiosité géologique : on est devant un lieu qui compte pour ceux qui vivent là.
Sur la même côte, à quelques kilomètres, les plages de sable fin accueillent la ponte de la tortue luth et de la tortue olivâtre. Et à quelques kilomètres encore, le port en eau profonde de Kribi tourne depuis 2018 avec 16 mètres de tirant d'eau : il désengorge celui de Douala, où l'attente des navires se compte parfois en semaines. La station balnéaire, le site sacré et l'infrastructure industrielle cohabitent dans le même rayon de 15 kilomètres, et personne sur place ne semble trouver ça étrange.
Kribi, la Lobé et la côte
Le fleuve en amont, les paillotes, la plage au matin, et le ciel du soir qui vire au rose. Faites défiler.

Le fleuve Lobé depuis la pirogue, en amont des chutes. Il descend du massif du Ntem, dans le parc national de Campo Ma'an. 
La plage aux paillotes, près des chutes. Sur cette côte viennent pondre la tortue luth et la tortue olivâtre. 
Kribi au matin, vue de l'hébergement. C'est la même côte que le port en eau profonde, à quelques kilomètres. 
Un transat, un ciel rose, personne. Kribi au couchant n'a besoin de rien d'autre. 
Le même ciel, depuis le sable. C'est l'heure où la journée aux chutes se termine.

Un pays qui fonctionne en billets
2 paiements par carte en 18 jours, les 2 dans le même établissement. Tout le reste, les taxis, les motos, les repas, les marchés, la nourriture de route et une partie des hébergements, s'est réglé en billets. C'est l'exact inverse de mes voyages en Chine, où l'espèce a disparu au profit du téléphone. Il faut donc arriver avec du liquide, ou savoir où en retirer.
La découverte utile est que les frais de retrait dépendent du distributeur, pas de votre banque.
| Retrait | Montant retiré | Frais locaux | Taux |
|---|---|---|---|
| Première enseigne, en avril | 250 000 F CFA | 3 578 F CFA | 1,43 % |
| Seconde enseigne, en mai | 2 × 250 000 F CFA | 0 F CFA | 0 % |
Le même montant, à 9 jours d'écart, dans 2 enseignes différentes. Dans les 2 cas, ma banque française n'a rien ajouté. Comparez donc les enseignes de distributeurs sur place, pas les conditions de votre banque en France.
Si la conversion tombe juste, c'est que le taux ne se négocie pas, il est gravé : le franc CFA d'Afrique centrale n'a pas de cours flottant, il est arrimé à l'euro à parité fixe, 1 euro pour 655,957 francs CFA, depuis janvier 1999. 3 conséquences pratiques. Personne ne peut vous vendre un bon taux : un bureau de change qui propose « mieux » propose une commission déguisée. Vous convertissez de tête : 1 000 F CFA valent environ 1,52 €. Et le seul coût réel est le frais de retrait, d'où le tableau ci-dessus.
Le reste des chiffres du séjour tient en trois lignes : le vol aller-retour pour 2 personnes en Turkish Airlines, avec changement à Istanbul, 1 122,99 € ; l'assurance, 40 € ; et 6 hébergements payés, à 58,67 € la nuit en moyenne. Le quotidien, lui, n'a laissé aucune trace : il s'est payé en billets.
Ce qui reste, et ce n'est pas un paysage
Une chose que je n'attendais pas, et qui est revenue à chaque étape : à chaque maison où nous sommes passés, on nous a nourris, avec des plats qui demandent des heures. Du taro pilé au mortier. Des marmites qu'on pose au milieu et que tout le monde attaque.
Il faut avoir vu la tête des gens quand on arrive pour comprendre. On ne vous demande pas si vous avez faim, on ne vous demande pas combien de temps vous restez, et surtout on ne vous demande rien du tout. On est content que vous soyez là, et ça se voit sur les visages avant que le premier mot soit prononcé. Je suis reparti avec le sentiment d'avoir été attendu par des gens qui ne me connaissaient pas la veille. C'est désarmant, et c'est ce que je raconte en premier.
Je referais l'Ouest et Kribi sans hésiter. Je préparerais mieux 2 choses : la chaleur de Douala, et le liquide.
Et je repartirais avec la même image en dernier : un attroupement de gens qui ne me connaissaient pas, autour d'un type perdu avec ses valises à 2 heures du matin.
4 dernières images du séjour
Un choix, pas un album. Les photos où des inconnus sont reconnaissables ne sont pas publiées, et elles sont nombreuses : c'est un voyage passé chez des gens. Faites défiler.

Un tisserin dans le jardin. Ils construisent des nids suspendus en boule, et ils sont partout dans l'Ouest. 
Le village de Kékem en fin de matinée : des bâtiments bas, de la terre rouge, et les collines juste derrière. 
La piste de latérite en fin de journée. C'est la couleur qui frappe d'abord, et c'est elle qu'on retrouve sur les chaussures le soir. 
La chambre de la résidence hôtelière dans la vallée de Bana. L'hébergement le plus cher du séjour, et le seul où j'ai payé par carte.
Sources : géographie et relief du Cameroun, altitude du mont Cameroun et zones climatiques, encyclopédies et données publiques ; nombre de peuples et de langues, présentation officielle de la République du Cameroun ; histoire de Douala, de l'estuaire du Wouri et de l'origine du nom du pays, encyclopédies et travaux universitaires ; organisation des chefferies bamiléké et des Grassfields, travaux ethnographiques publiés ; taro à la sauce jaune et Eru, sources culinaires camerounaises ; chutes de la Lobé, liste indicative de l'UNESCO et sources régionales ; maison familiale d'Étoudi, presse panafricaine. Les altitudes, les positions et les horaires viennent des données de mes photographies. Les distances sont des minorants : elles somment les segments en ligne droite entre 2 prises de vue successives.