Construction · 2015-2019 · Caen

Un an de chauffage :
moins qu'un sèche-cheveux.

20 minutes par jour, à 2 000 watts : voilà ce que consomme un sèche-cheveux sur une année. Cette maison de 165 m², où vivent 5 personnes, consomme moins. Il n'y a ni chaudière, ni pompe à chaleur, ni poêle à bois. Sur l'année, le sous-compteur du chauffage a relevé 226 kilowattheures.

Je l'ai posé pour ne pas avoir à vous demander de me croire. Et je n'ai fait aucune des 5 mesures qui suivent : elles viennent toutes de tiers.

Sources : attestation de perméabilité à l'air EDM Énergie du 20 juin 2017, récapitulatif d'étude thermique du 6 septembre 2018, relevés de compteur d'avril 2019.

La maison passive terminée, vue de sa façade principale
La maison terminée, en septembre 2018. Toiture photovoltaïque en intégration totale au bâti, ossature bois, bardage peint.
0,20

Vol/h d'étanchéité à l'air, pour 0,60 au standard passif. Mesuré par un tiers.

−12,3

kWhep/m²/an d'énergie primaire. Le calcul officiel de l'État est en négatif.

7

Semaines pour redessiner la maison entière et déposer un permis. Accordé.

6

kVA d'abonnement électrique. La puissance d'un studio, pour 165 m².

Ce que vous pouvez en tirer

Si vous envisagez de construire ou de rénover, vous cherchez probablement à savoir si ce niveau est atteignable sans être du métier. La réponse est oui, et elle ne tient pas aux matériaux : elle tient à une décision de conception qui coûte presque rien si elle est prise assez tôt. Elle mesure 4 centimètres et demi, et tout ce qui suit en découle.

3 cotes qui disent si ça tient
  • Étanchéité à l’airn50 = 0,20standard passif : 0,60Mesuré à la porte soufflante par EDM Énergie. Sur l’indicateur réglementaire français, cela donne 0,05 pour 0,60 exigés.
  • Chauffage installé2,1 kWpour toute la maisonLa puissance d’un sèche-cheveux, soufflée sur l’air de la ventilation. Ni chaudière, ni pompe à chaleur, ni poêle.
  • Consommation−12,3 kWhep/m²/anplafond réglementaire : 50,2Le signe moins n’est pas une coquille. Sur l’année, elle produit plus d’énergie primaire qu’elle n’en consomme.

Une maison passive ne se juge pas sur une intention mais sur des relevés. Ceux-ci sortent du test à la porte soufflante et de l'étude thermique réglementaire, pas d'une brochure.

4 ans, d'une annonce immobilière à une déclaration d'achèvement

  1. 2015

    Un terrain plein sud, et une mission confiée

    Annonce repérée en avril, promesse de vente le 29 mai. Une mission complète est confiée à une architecte en juillet, le permis déposé en septembre et accordé en octobre.

  2. 2016

    4 chiffrages, puis 7 semaines pour tout redessiner

    Le quatrième chiffrage sort très au-dessus de l'enveloppe du contrat. La mission est résiliée le 24 février. 2 écrans dans une pièce en désordre le 10 mars, permis redéposé le 11 avril, accordé le 25 mai.

  3. 2016

    Ouverture du chantier, une vingtaine de lots en direct

    Pas de contrat clé en main : chaque lot est consulté, choisi et coordonné en direct. L'ossature bois est préfabriquée en atelier fin juillet, le chantier ouvre le 12 septembre.

  4. 2017

    La porte soufflante ne trouve rien

    Le 20 juin, un opérateur indépendant mesure 0,20 vol/h, pour 0,60 au standard passif. Le test a été commandé et payé par le constructeur de l'ossature, pas par moi.

  5. 2018

    Emménagement, et un bilan réglementaire négatif

    Emménagement en mars. L'étude thermique finale de septembre conclut à moins 12,3 kWhep/m²/an, pour un maximum autorisé de 50,2. Le document acte l'énergie positive.

  6. 2019

    Achèvement déclaré, et les compteurs parlent

    Déclaration d'achèvement visée en mairie en mars. En avril, après un an d'occupation : 6 168 kWh injectés sur le réseau contre 3 842 soutirés, et 226 kWh au sous-compteur du chauffage.

Chaque date vient d'une pièce datée : récépissé de dépôt, courrier de mairie, attestation ou photographie horodatée. Aucune n'est reconstituée de mémoire.

Le problèmeVous pouvez tout faire correctement et obtenir une maison ordinaireLe triple vitrage, la ouate de cellulose, la ventilation double flux : faites les 3, et ça ne suffira pas. La performance ne se joue pas sur les matériaux, elle se joue sur les trous.

Une prise électrique perce la couche d'étanchéité à l'air. Il y en a une centaine dans une maison. Une gaine de ventilation la perce. Une traversée de plomberie la perce. Chacune de ces perforations est une fuite d'air chaud vers l'extérieur, et une entrée d'humidité dans l'isolant que vous venez de payer.

Personne ne vous montre ces trous, pour une raison simple : ils sont sous les plaques quand vous visitez. C'est pour ça qu'on compare des fiches produit au lieu de comparer des mises en œuvre, et c'est pour ça que 2 maisons aux mêmes matériaux n'ont pas les mêmes résultats au test.

Le mécanismeLes 45 millimètres qui décident de toutUne lame d'air entre la couche d'étanchéité et la plaque de finition. Tous les câbles y passent, tous les boîtiers y sont posés. Aucun ne perce l'étanchéité, pas un seul, dans toute la maison.

C'est un vide technique de 45 millimètres, placé devant le pare-vapeur. L'idée est d'une simplicité désarmante et elle change le résultat du test d'étanchéité d'un ordre de grandeur.

Ce principe n'est pas de moi, et il faut le dire tout de suite, parce que c'est le cœur de cette page. Les 45 millimètres font partie du principe constructif d'EcoBois14, l'entreprise de Philippe Falaise qui a fabriqué et monté l'ossature. Je ne l'ai pas inventé : je l'ai cherché pendant un an, je l'ai reconnu quand je l'ai vu, et je suis allé chercher l'entreprise qui le pratiquait plutôt que celle qui était la plus proche.

Traitement de l'étanchéité à l'air en cours sur le chantier de la maison passive
Le traitement des points singuliers d'étanchéité à l'air, en cours. C'est ce travail-là, invisible une fois les murs fermés, que le test mesure.Chaque perforation évitée est une fuite en moins

Ce que j'ai apporté tient en 3 choses, et elles ne sont pas anecdotiques.

  • J'ai conçu toute l'électricité pour que le principe reste vrai.Une lame d'air ne sert à rien si celui qui tire les câbles perce le pare-vapeur au premier obstacle. J'ai dessiné les circuits, dimensionné les protections, produit le schéma unifilaire et le quantitatif, câblé le tableau moi-même. Même chose pour la plomberie, modélisée en 3 dimensions avant la moindre percée.
    Schéma du tableau électrique imprimé et affiché sur un panneau au milieu du chantier
    Le schéma du tableau divisionnaire, imprimé et punaisé sur un panneau au milieu du chantier, en juillet 2017.Dessiné avant d'être câblé, et affiché pour que personne n'improvise
  • J'ai fermé la lame d'air de mes mains. La totalité des plaques de Fermacell de cette maison, murs et plafonds, je les ai posées moi-même. C'est le geste qui referme le vide technique sur les câbles : celui qui le fait voit chaque boîtier et chaque traversée avant que le mur ne se ferme.
  • J'étais là tous les jours. Sur un chantier, une règle ne survit pas à sa transmission. Ici, il n'y avait pas de transmission.

Je n'ai pas tout fait. À partir de mai 2017, un artisan en auto-entreprise est venu m'aider, payé à l'heure, 21 fois entre mai 2017 et avril 2018. Il ne m'a pas vendu un lot, il m'a vendu des heures : la conception, la coordination et la responsabilité restaient chez moi. Il n'y a pas d'inventeur solitaire dans cette histoire.

Le pivot7 semaines pour redessiner une maison entière, et un permis accordéIl me restait un terrain, un prêt, un permis devenu inutile, et personne pour dessiner. J'ai appris un logiciel de maquette numérique que je n'avais jamais ouvert.

Nous avions commencé comme on vous dira de commencer : une mission complète confiée à une architecte en juillet 2015, un permis déposé en septembre et accordé en octobre. Puis les entreprises ont chiffré.

Le quatrième chiffrage, en janvier 2016, sortait très au-dessus de l'enveloppe inscrite au contrat. J'ai relu le cahier des clauses techniques ligne à ligne. J'y ai trouvé un conduit de cheminée prescrit pour un combustible que je n'avais jamais demandé, 200 millimètres d'isolant prescrits dans une ossature qui en fait 150, et une surface déclarée au permis supérieure à la surface réelle, ce qui se paie en taxes pendant des années.

Je ne dirai rien de la compétence de qui que ce soit : ce n'est pas mon rôle et je n'ai pas les 2 versions. Ce que je peux dire, c'est ce que j'ai constaté. Le descriptif qui engage votre maison pour 50 ans, personne ne le relit à votre place.

Avant de trancher, j'ai voulu voir plutôt que lire. J'avais modélisé les 2 projets en 3 dimensions, le sien et le mien ; les 4 et 5 février 2016, j'en ai enregistré 2 visites filmées et je les ai regardées l'une après l'autre. Ce n'est pas la même chose de lire « séjour, 32 mètres carrés » et de traverser la pièce. La mission a été résiliée le 24 février.

2 écrans dans une pièce en désordre, photos datées du 10 mars 2016. J'ai appris Revit, redessiné la maison entière, monté le dossier de permis et déposé le 11 avril. 7 semaines. Le permis a été accordé le 25 mai, sans demande de pièce complémentaire.

Les preuvesLes 5 mesures, et qui les a faitesAucune n'a été faite par moi. La plus décisive n'a même pas été commandée par moi : c'est le constructeur qui a payé pour faire contrôler son propre travail.

L'étanchéité à l'air : 0,20 vol/h. Le 20 juin 2017, EDM Énergie monte une porte soufflante dans l'encadrement de la porte d'entrée. C'est un ventilateur calibré : il met la maison en pression puis en dépression et mesure le débit qu'il faut souffler pour maintenir l'écart. Plus il faut souffler, plus la maison fuit. Résultat : 0,20, quand le standard passif demande de rester sous 0,60. Traduit dans l'indicateur réglementaire français, cela donne 0,05 contre 0,60 exigés, soit 12 fois mieux.

Un détail que je pourrais taire et que je préfère dire : ce n'est pas moi qui ai commandé ce test, c'est EcoBois14. L'entreprise qui avait monté l'ossature a payé pour faire mesurer son propre travail, par un tiers, en cours de chantier, à un moment où il était encore possible de reprendre les défauts. C'est l'inverse exact d'un contrôle de complaisance, et c'est le genre de chose qui se remarque quand on choisit un constructeur.

La consommation réglementaire : négative. L'étude thermique finale, en septembre 2018, conclut à moins 12,3 kWh d'énergie primaire par mètre carré et par an, quand le maximum autorisé était de 50,2. La production photovoltaïque, 63,9, dépasse la consommation, 54,6.

Le compteur : 6 168 contre 3 842. Un calcul reste un calcul. En avril 2019, après un an d'occupation, j'ai photographié les 2 index. Injecté sur le réseau : 6 168 kWh. Soutiré du réseau : 3 842 kWh. La maison a rendu bien plus qu'elle n'a pris.

Relevé du compteur d'injection sur le réseau, avril 2019Injecté
Relevé du compteur de soutirage du réseau, avril 2019Soutiré
Les 2 index, photographiés le même jour d'avril 2019. Il n'y a rien à interpréter : un nombre est plus grand que l'autre.

L'abonnement : 6 kVA. C'est la puissance d'un studio, pour 165 m² et 5 personnes.

Le chauffage : 226 kWh sur l'année. Relevés sur un sous-compteur dédié, posé sur la batterie de post-chauffage. 2 précisions, parce qu'un chiffre pareil mérite qu'on ne triche pas avec : ce sous-compteur ne mesure que la batterie, les sèche-serviettes des pièces d'eau ne sont pas dedans ; et c'est 10 fois moins que ce que mon propre calcul avait prévu, ce qui m'a d'abord fait douter du compteur. L'explication est simple : un calcul thermique suppose un climat moyen et des habitants moyens. Quand le besoin est déjà divisé par 10, 5 personnes qui vivent, cuisinent et se douchent finissent par chauffer la maison à sa place.

Thermogramme d'une fenêtre de la maison passive, montrant l'écart de température par une nuit froide
Décembre 2020, une nuit froide, une caméra thermique. On voit la chaleur sortir, ou on ne la voit pas.Pour ceux qui ne lisent pas les chiffres
L'objectionUne maison aussi isolée, elle doit être invivable en étéC'était le vrai risque du projet, et il a bien failli se réaliser. L'histoire complète est plus instructive que le résultat, parce qu'un homme de métier avait raison avant le logiciel.

La première esquisse comportait une grande verrière de toit au-dessus de la pièce de vie. C'est spectaculaire sur un dessin. En passif, c'est un piège. Je n'ai pas eu à le découvrir tout seul : Philippe Falaise me l'avait écrit noir sur blanc, avant tout calcul, et j'ai recopié sa réponse dans mon cahier des charges.

« Verrière : effet très sympa, très moderne, et qui apportera bcp de luminosité dans la pièce de vie, mais attention dans le passif, il y a des inconvénients : source de déperdition en hiver, source de surchauffe en été, et difficilement protégeable contre ces inconvénients. »

En avril 2016, le calcul passif a tranché : la fréquence de surchauffe sortait très au-dessus du critère acceptable. J'ai corrigé sur 4 fronts, et c'est le quatuor qui fait un été supportable, pas un geste miracle.

  • La verrière supprimée, une avancée de toiture à la place.L'inverse exact de l'idée de départ : faire de l'ombre au lieu de faire entrer le soleil par le haut. Une casquette bien dimensionnée coupe le soleil haut de l'été et laisse passer le soleil bas de l'hiver, dont la maison a justement besoin. Sa profondeur vient d'une étude d'ensoleillement heure par heure produite dans la maquette.
  • 4 brise-soleil orientables motorisés sur les grandes baies, intégrés derrière le bardage dès la conception. Un brise-soleil n'est pas un volet : le volet ferme, il vous met dans le noir, et vous finissez par ne plus vous en servir. Les lames s'inclinent, elles arrêtent le rayonnement direct et laissent entrer la lumière. Et le point que personne ne dit : une protection solaire n'a d'effet que si elle est à l'extérieur du vitrage. Un store intérieur arrête la chaleur une fois qu'elle est déjà dans la pièce.
  • De la masse ajoutée à l'intérieur. Une ossature bois est légère : elle suit la météo au lieu de la lisser. Le 22 avril 2017, une minipelle a extrait la terre le long de la maison ; nous l'avons remontée au seau et damée au pilon, couche par couche, dans des caissons d'OSB montés entre les montants d'une cloison intérieure, puis refermée. Une fois plaquée, elle ressemble à toutes les autres. Sauf par son poids, et par ce qu'elle fait au mois d'août. C'est le poste le moins cher des 4, et de très loin : le matériau était sous nos pieds.
    Minipelle extrayant la terre le long de la maison, avril 2017Extraction
    Caisson d'OSB rempli de terre damée entre les montants d'une cloisonDamage
    22 avril 2017 : la terre sort le long de la maison, remonte au seau, et se dame au pilon couche par couche dans un coffrage d'OSB monté entre les montants.
  • 40 centimètres de ouate de cellulose en toiture. C'est la défense dont personne ne parle. Quand on compare 2 isolants, on vous montre la conductivité, qui décide de combien de chaleur traverse. L'été, la question n'est pas combien, c'est quand. Si la chaleur d'une toiture au soleil ressort au plafond des chambres à 19 heures, votre nuit est fichue ; si elle ressort à 3 heures du matin, elle tombe sur une maison qu'on ventile à l'air frais. Ce retard s'appelle le déphasage et il dépend de la masse, pas de la conductivité. 40 centimètres de ouate retardent la vague d'une quinzaine d'heures ; la même épaisseur de laine de verre, 3 fois plus légère, d'environ 7, alors qu'elle affiche une conductivité un peu meilleure sur la fiche produit.

Le constructeur bois me l'avait écrit dès 2015, et je n'ai jamais trouvé mieux comme formule : « Un bon isolant avec un mauvais déphasage est pour moi un mauvais isolant. »

Le résultat. L'étude réglementaire finale donne une température intérieure conventionnelle de 32,0 °C pour une référence à 36,8, donc conforme. Et les canicules se passent sans climatiseur, en ouvrant la nuit et en fermant au petit matin : une fois qu'une maison très isolée est fraîche, elle le reste.

Je ne me suis donc pas trompé sur ce coup-là. J'ai été alerté par quelqu'un qui savait, j'ai fait calculer, et j'ai suivi le calcul contre le dessin. C'est la seule chose que je vous recommanderais vraiment de copier.

La ficheTout le détail technique, pour ceux qui veulent vérifierComposition des parois, équipements, seuils réglementaires et leur source. C'est la partie ennuyeuse, et c'est celle qui rend le reste crédible.
PosteChoixChiffre
StructureOssature bois, bardage peint, toiture ardoise, sur vide sanitaire ventilé165 m² déclarés au permis
MursOuate de cellulose insufflée, contreventement pare-vapeur, vide technique, Fermacell29,5 cm · R 7,15 · U 0,16
ToiturePoutres en I, ouate insufflée, frein-vapeur, vide technique44 cm · R 10,77 · U 0,09
MenuiseriesTriple vitrage 4-16-4-16-4 à bords chauds, profil PVC 6 chambresUg 0,67 · Uw 0,78
Étanchéité à l'airPorte soufflante, EDM Énergie, 20 juin 2017n50 = 0,20 · Q4 = 0,05
VentilationDouble flux certifiée par l'institut passif, by-pass d'étéRendement 93,3 % · 240 m³/h
ChauffageBatterie de post-chauffage sur le réseau de ventilation. Aucune chaudière, aucune pompe à chaleur2 100 W · 8,7 W/m²
Production34 modules photovoltaïques en intégration totale au bâti, plus eau chaude solaire5 780 Wc · 5,4 m² de capteurs
AssainissementPhytoépuration, filière Aquatiris, réalisée par l'entreprise MénardZéro watt, zéro vidange
Bilan réglementaireRécapitulatif d'étude thermique du 6 septembre 2018Bbio 18,3 / 62,2 · Cep −12,3 / 50,2
ConceptionMaquette numérique Revit, apprise en autodidacte, maintenue de 2016 à 2023Permis accordé en 6 semaines
PilotageMaîtrise d'ouvrage en direct, domotique KNX conçue et câblée par mes soinsCertification KNX ETS5 à 100 %

Sources : dossier de permis de construire, attestation de perméabilité à l'air EDM Énergie du 20 juin 2017, note technique du charpentier du 12 juin 2017, récapitulatif standardisé d'étude thermique RT2012 du 6 septembre 2018, attestations Consuel de septembre 2017 et février 2018. Documents privés, cités fidèlement.

Les questionsCe qu'on me demande à chaque foisLe coût, le temps, le poêle à bois qui n'existe pas, et si l'on peut vraiment déposer un permis de construire soi-même.

« Vous deviez être du métier. »
Non. Je n'ai ni formation ni diplôme du bâtiment. Ce que je sais faire, c'est écrire une spécification avant de commencer et lire un document technique en entier. Le reste, je l'ai appris en le faisant, sous contrainte de délai.

« Ça a dû coûter une fortune. »
Le chiffre est public, et ce n'est pas moi qui l'ai publié : la fiche technique parue dans un hors-série national consacré à l'architecture passive, à l'automne 2017, indique 1 900 euros TTC par mètre carré habitable, hors finitions. Pour une maison qui produit plus d'énergie qu'elle n'en consomme, avec triple vitrage, ventilation double flux certifiée et toiture photovoltaïque intégrée. C'est ce que permet l'autoconstruction : le temps que vous mettez remplace l'argent que vous n'avez pas.

« Vous y avez passé votre vie. »
99 jours ouvrés, calculés dans un tableur en juillet 2016 : 57 jours de compte épargne temps, 20 jours de congés, un jour de déménagement. Et je m'étais trompé. Ce tableur prévoyait la fin de mon second œuvre en février 2017 ; j'ai emménagé en mars 2018. 13 mois d'écart, sans aucune surprise technique : j'avais chiffré des journées de professionnel.

« Peut-on vraiment déposer un permis de construire soi-même ? »
Oui, tant que la surface de plancher reste sous le seuil qui rend l'architecte obligatoire, 150 m² pour un particulier aujourd'hui, 170 m² à l'époque de notre dépôt. Le dossier n'a rien de sorcier sur le principe : un formulaire et des pièces graphiques normalisées. Ce qui est exigeant, c'est la précision. Le règlement d'urbanisme se lit comme une spécification, et chaque pièce doit être cohérente avec toutes les autres. C'est un métier d'ingénieur avant d'être un métier de dessinateur.

« Apprendre Revit en autodidacte, c'est jouable ? »
Oui, pour tout esprit technique qui construit. Revit n'est pas un logiciel de dessin : c'est une base de données qui a une apparence de maison. Une fois ce basculement fait, la maquette produit les plans du permis, les coupes pour le charpentier, les métrés, et les rendus qui permettent de décider du réel avant de le couler dans le béton. Conseil de survie : apprendre les raccourcis tôt, et modéliser proprement dès le départ, comme on nommerait proprement ses variables.

« Une maison passive fonctionne-t-elle en Normandie ? »
Celle-ci, oui : conception compacte orientée plein sud, zone climatique H1a, et un bilan d'énergie primaire négatif validé par l'étude réglementaire. Le soleil normand est un partenaire sous-estimé.

« Le poêle à bois, il est où ? »
Nulle part. Il était sur mon cahier des charges dès 2015, place centrale, stockage de bûches à côté, et le bois venait de l'exploitation familiale : il ne m'aurait rien coûté. Je ne l'ai jamais installé. À la fin du chantier, la maison était devenue assez peu gourmande pour qu'il n'ait plus de fonction. C'est le seul poste où mon propre projet m'a démenti, et c'est le démenti que je préfère.

« Referiez-vous tout pareil ? »
Presque. L'apprentissage de la maquette et la maîtrise d'ouvrage en direct, sans hésiter. Je sous-estimais en revanche le temps de coordination entre lots. Un chantier, comme un projet logiciel, avance à la vitesse de son interface la plus lente.

Ce qu'une maison m'a appris sur le logiciel

Un chantier est un système distribué dont les nœuds ont des plannings, des egos et des camions. Les spécifications ambiguës se paient en reprises, les interfaces entre lots sont les endroits où les bugs naissent, et un test vaut plus que toutes les promesses. Je n'ai jamais autant progressé comme ingénieur qu'en coordonnant des artisans, et la règle d'or est la même des 2 côtés : ce qui n'est pas mesuré n'existe pas.

C'est aussi pour ça que cette page ne vous demande rien. Il n'y a pas de formulaire au bout, et je n'ai rien à vous vendre. Ce que je cherche est plus simple : que quelqu'un qui hésite aujourd'hui à reprendre la main sur son projet trouve la page que je n'ai pas trouvée en 2016.

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